Naissance d’une réserve...
Il a suffi d’un seul regard, en ce mois de mai
1981, pour que Dale Parker tombe amoureux de la Lapalala River et de son
environnement. C’est son ami – le célèbre défenseur de l’environnement Clive
Walker – qui l’avait amené là pour visiter une « game farm » mise en vente
par un des derniers « grands chasseurs blancs » d’Afrique australe, Eric
Rundgren, lequel abandonnant sa passion de la chasse s’était muté en
protecteur de la faune sauvage.
Protecteur de l’environnement lui-même doublé
d’un fermier et d’un businessman avisé, Dale perçut immédiatement la valeur
de cette rivière au cours rapide et préservée de toute pollution. Des
gorges spectaculaires aux escarpements de grès vertigineux dominent plans
d’eau et rapides et découpent une brousse immense qui s’étire au-delà de
l’horizon.
Enthousiasmé par le désir de protéger ce territoire
unique et encore intact, et plus particulièrement le bassin de la Lapalala
River, Dale entama les procédures nécessaires au rachat des fermes environnantes
(dix-sept au total) ; ces procédures nécessitèrent une vingtaine d’années et
aboutirent à la constitution de la réserve naturelle « Lapalala Wilderness »
grande de 36,000 hectares – une des plus grandes réserves privées d’Afrique du Sud.
En cours de route, la Lapalala a été la première
réserve en Afrique du Sud à réimplanter le rhinocéros noir (« Black Rhino »).
Cinq spécimens de cette espèce très menacée furent achetés au Natal Parks Board
lors d’une vente aux enchères historique qui se tint en 1990, puis d’autres
spécimens vinrent s’ajouter au premier groupe. Au fil des années, l’intérêt
pour les rhinocéros des deux espèces (noirs et blancs) fut maintenu, et aujourd’hui
la Lapalala peut s’enorgueillir d’être parmi les premiers sanctuaires de rhinos
en Afrique du Sud.
Dès le début, il fut admis que la protection de la
faune sauvage dépendait avant tout de la protection de son habitat, et que plus
grand serait le territoire, plus grand serait aussi le nombre d’espèces pouvant
être protégées. La taille énorme de Lapalala ainsi que la richesse de sa
biodiversité en faisaient un élément essentiel de la Waterberg Biosphere Reserve,
première région du nord de l’Afrique du Sud à être classée comme réserve de la
biosphère par l’UNESCO (cfr http://en.wikipedia.org/wiki/Waterberg_massif).
L’extension de départ fut largement menée par Clive Walker, alors administrateur
de la Lapalala Wilderness.
Lapalala fut dès le départ préoccupée aussi bien par
l’aspect social que par l’aspect environnemental de son action. Lorsque la première
ferme fut achetée, elle comprenait déjà une petite entreprise touristique très
rudimentaire proposant des séjours sous tente aux bords de la rivière ; elle offrait
simultanément quelques emplois à la population locale ainsi que la possibilité
de découvrir la nature sauvage à prix réduit et dans un cadre convivial et privé
aux visiteurs occasionnels.
Plus tard, une école de l’environnement ouvrit ses portes,
utilisant des locaux agricoles aux toits de chaume installés sur un territoire
nouvellement acquis dans le bush à proximité de la rivière Lapalala. Sous le leadership
de Clive Walker, l’école fut baptisée « the Lapalala Wilderness School » aujourd’hui
réputée pour la qualité de son enseignement environnemental qui s’adresse aux
étudiants d’écoles privées (essentiellement dans le Gauteng) ainsi qu’à ceux des
écoles moins privilégiées de la communauté locale.
Le but était d’éveiller l’intérêt de ces jeunes aux
problèmes de la conservation de l’environnement en leur donnant la chance de vivre
une expérience réelle au cœur même de la Nature, expérience qui était nouvelle
pour la plupart d’entre eux. Le résultat fut tel qu’aujourd’hui on ne compte plus
les exemples d’individus en charge de sociétés d’écotourisme ou impliquées dans
la protection de la Nature qui ont eu la révélation de leur carrière à la Lapalala
WS. A ce jour, plus de 50,000 jeunes ont profité des programmes mis en place à la
LWS qui développa simultanément un enseignement réservé aux enseignants eux-mêmes.
Néanmoins, la disparition inopinée de Dale Walker en
2001 nécessita une remise en cause de la LWS. Il devint indispensable de doter
la réserve d’une base financière stable, ce qui signifia la fermeture des camps
de brousse déficitaires et la mise en place de nouveaux projets susceptibles d’amener
des rentrées et de créer des emplois. Il fut décidé de réintroduire le lion et
l’éléphant, ce qui impliquait la mise en chantier d’un vaste éclaircissement du
bush afin d’améliorer l’observation des animaux. Le projet était en cours d’exécution
lorsqu’en 2005 la nouvelle tomba qu’une partie importante de la réserve était
officiellement réclamée comme terres à exploiter.
Le premier moment de stupeur passé, contact fut pris
avec les bénéficiaires de cette mesure, et sous la conduite de Duncan, fils de
Dale, une relation cordiale de coopération s’établit entre les parties. Ensemble,
elles dessinèrent les contours de plans ambitieux qu’elles ne purent malheureusement
pas mettre en œuvre, le gouvernement s’étant jusqu’à présent montré incapable de
mettre un terme officiel à la menace. De ce fait, le futur de Lapalala reste
incertain, mais l’engagement à protéger l’environnement et sa communauté demeure
plus vivace que jamais
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